BERTRAND TAVERNIER janvier 16 2012
Infos : , rétrolienI - 1999 : Ca commence aujourd’hui $$$
II - 2004 : Holy Lola avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin et Bruno Putzulu.
Dans la veine de “Ca commence aujourd’hui”, “Holy Lola” est un film ancré dans la France actuelle. Tavernier y aborde le problème de l’adoption d’enfants de pays étrangers. Le couple Isabelle Carré-Jacques Gamblin qui ne peut avoir d’enfants part au Cambodge afin d’adopter un bébé. Il va se heurter à de multiples écueils pour finir par (happy-end oblige) adopter une magnifique petite fille.
Dans la description au quotidien du couple, Tavernier peut s’appuyer sur deux très bons acteurs. Isabelle Carré est certainement une des rares actrices françaises à pouvoir incarner une femme ordinaire et ce de façon crédible; elle n’a pas peur de montrer les failles du personnage et ne cherche pas à nous le rendre obligatoirement toujours sympathique (son attitude obsessionnelle de l’adoption qui nous font penser parfois qu’elle songe uniquement à elle et ce au détriment de l’enfant, son comportement ingrat vis-à-vis de son mari). Quand à Jacques Gamblin, dans la lignée du précédent Tavernier (”Laissez-passer”"), il amène beaucoup d’humanité dans un personnage de docteur qui découvre la vraie misère humaine, qui ne le laisse pas indifférent- il est à noter que Gamblin interprétait déjà le rôle d’un médecin dans un film qui se déroulait également en Asie : “Kanzo sensei” de Shôhei Imamura.
Tavernier filme ici les vicissitudes des adoptants et le Cambodge comme un documentariste : il s’appuie très peu sur les magnifiques paysages cambodgiens préférant filmer l’encombrement des villes, la saleté des bidonvilles et des décharges ou l’intérieur des orphelinats. Il s’apesantit également sur les difficultés (administratives, financières, “mafieuses”) rencontrées par les familles adoptantes. Je ne sais pas si Tavernier a choisi le Cambodge pour une raison précise, mais son statut d’ancienne colonie renforce un sentiment diffus : certains intermédiaires de l’administration font payer aux adoptants la “fuite” vers l’étranger des futures forces vives du pays, à fortiori s’ils viennent de l’ancienne métropole dominante devenue, face à l’arrogance de l’argent des nord-américains, un nain économique.
Toutefois deux petits bémols viennent noircir le tableau. Tout d’abord Tavernier se contente d’une vision occidentale des problèmes du Cambodge et les cambodgiens présents dans le film sont le plus souvent peu fouillés, voir caricaturaux (surtout comparés aux très nombreux seconds rôles français qui ont tous une vraie existence, une vraie épaisseur). De plus le rebondissement final (un dernier problème administratif qui surgit au moment du retour en France) est trop “hollywoodien” et provoque une cassure avec le reste du film. $$
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